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Baudelaire, Thiéfaine, les autres et moi...

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nath

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noire comme le café, imbuvable
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Tommie Lucaswrote:
Bonne année à toi Nath, et au plaisir de te revoir en vrai  ;-)
Tommie
Jan. 1
Belle vidéo de Brel que tu nous as mis Nath!
Merci beaucoup! 
Aug. 27
Tommie Lucaswrote:
Messages reçus 5/5 l'amie !!!  Très bon choix pour les vidéos... 
Bises.  Tommie
Aug. 22
 Je vois que ton blog s'étoffe de plus en plus, ça fait plaisir à voir!
Bonne continuation Nath!
bises!
Aug. 22

Video

 
Thiefaine- Les dingues et les paumés
envoyé par never-been
Les dingues et les paumés - HFT repris par Yoann (hihihihihi)

Video

  Allan - Mylène Famer
October 03

Hommage

Allan - Mylène Farmer
 
Pauvres poupées
Qui vont qui viennent {Allan Allan}
Pauvres fantômes
Etranges et blêmes {Allan Allan}
J'entends ton chant monotone
La nuit frissone {Allan Allan}
J'entends ton cœur fatigué
D'avoir aimé {Allan Allan}
D'étranges rêveries comptent mes nuits
D'un long voyage où rien ne vit
D'étranges visions couvrent mon front
Tout semble revêtu d'une ombre
L'étrange goût de mort
S'offre mon corps
Saoûle mon âme jusqu'à l'aurore
L'étrange Ligeria renaît en moi
De tout mon être je viens vers toi!
Masque blâfard
Tu meurs ce soir {Allan Allan}
Masque empourpré
De sang séché {Allan Allan}
D'où vient ta peur du néant
Tes pleurs d'enfant {Allan Allan}
Qui sont les larmes
De tes tourments ? {Allan Allan}
D'étranges rêveries comptent mes nuits
D'un long voyage où rien ne vit
D'étranges visions couvrent mon front
Tout semble revêtu d'une ombre
L'étrange goût de mort
S'offre mon corps
Saoûle mon âme jusqu'à l'aurore
L'étrange Ligeria renaît en moi
De tout mon être je viens vers toi!...

La guigne

Les dingues et les paumés - Hubert-Félix Thiéfaine
(Album : Soleil cherche futur)
 
Les dingues et les paumés jouent avec leurs manies.
Dans leurs chambres blindées, leurs fleurs sont carnivores
Et quand leurs monstres crient trop près de la sortie,
Ils accouchent des scorpions et pleurent des mandragores
Et leurs aéroports se transforment en bunkers,
À quatre heures du matin derrière un téléphone.
Quand leurs voix qui s'appellent se changent en revolvers
Et s'invitent à calter en se gueulant "come on !"
 
Les dingues et les paumés se cherchent sous la pluie
Et se font boire le sang de leurs visions perdues
Et dans leurs yeux-mescal masquant leur nostalgie.
Ils voient se dérouler la fin d'une inconnue.
Ils voient des rois-fantômes sur des flippers en ruine,
Crachant l'amour-folie de leurs nuits-métropoles.
Ils croient voir venir Dieu ils relisent Hölderlin
Et retombent dans leurs bras glacés de baby-doll.
 
Les dingues et les paumés se traînent chez les Borgia
Suivis d'un vieil écho jouant du rock 'n' roll
Puis s'enfoncent comme des rats dans leurs banlieues by night,
Essayant d'accrocher un regard à leur khôl
Et lorsque leurs tumbas jouent à guichet fermé,
Ils tournent dans un cachot avec la gueule en moins
Et sont comme les joueurs courant décapité
Ramasser leurs jetons chez les dealers du coin.
 
Les dingues et les paumés s'arrachent leur placenta
Et se greffent un pavé à la place du cerveau
Puis s'offrent des mygales au bout d'un bazooka
En se faisant danser jusqu'au dernier mambo.
Ce sont des loups frileux au bras d'une autre mort,
Piétinant dans la boue les dernières fleurs du mal.
Ils ont cru s'enivrer des chants de Maldoror
Et maintenant, ils s'écroulent dans leur ombre animale.
 
Les dingues et les paumés sacrifient Don Quichotte
Sur l'hôtel enfumé de leurs fibres nerveuses
Puis ils disent à leur reine en riant du boycott :
La solitude n'est plus une maladie honteuse.
Reprends tes walkyries pour tes valseurs maso.
Mon cheval écorché m'appelle au fond d'un bar
Et cet ange qui me gueule : "viens chez moi, mon salaud"
M'invite à faire danser l'aiguille de mon radar."

Génération

A ma mère - Edgar Poe
 
Parce que je sens que là-haut, dans les Cieux, les anges l'un à l'autre se parlant bas, ne peuvent, parmi leurs termes brûlants d'amour, en trouver un d'une dévotion pareille à celui de "Mère" ; en conséquence, je vous ai dès longtemps de ce nom appelé, vous qui êtes plus qu'une mère pour moi et remplissez le coeur de mon coeur, où vous installa la Mort en affranchissant l'esprit de ma Virginie. Ma Mère, - ma propre mère, qui  mourut tôt, n'était que ma mère, à moi ; mais vous êtes la mère de Celle qui j'ai si chèrement aimée, et m'êtes ainsi plus chère que la mère que j'ai connue, de cet infini dont ma femme était plus chère à mon âme qu'à cette âme sa vie.
October 02

Hommage

Le tombeau de Charles Baudelaire - Stéphane Mallarmé
 
Le temple enseveli divulgue par la bouche
sépulcrale d'égout bavant boue et rubis
abominablement quelque idole Anubis
tout le museau flambé comme un aboi farouche
 
ou que le gaz récent torde la mèche louche
essuyeuse on le sait des opprobres subis
il allume hagard un immortel pubis
dont le vol selon le réverbère découche
 
quel feuillage séché dans les cités sans soir
votif pourra bénir comme elle se rasseoir
contre le marbre vainement de Baudelaire
 
au voile qui la ceint absente avec frissons
celle son Ombre même un poison tutélaire
toujours à respirer si nous en périssons.

La guigne

Le guignon - Stéphane Mallarmé
 
Au-dessus du bétail ahuri des humains,
bondissaient en clartés les sauvages crinières
des mendieurs d'azur le pied dans nos chemins.
 
Un noir vent sur leur marche éployé pour bannières
la flagellait de froid tel jusque dans la chair,
qu'il y creusait aussi d'irritables ornières.
 
Toujours avec l'espoir de rencontrer la mer,
ils voyageaient sans pain, sans bâtons et sans urnes,
mordant au citron d'or de l'idéal amer.
 
La plupart râla dans les défilés nocturnes,
s'enivrant du bonheur de voir couler son sang,
ô mort le seul baiser aux bouches taciturnes !
 
Leur défaite, c'est par un ange très puissant
debout à l'horizon dans le nu de son glaive :
une pourpre se caille au sein reconnaissant.
 
Ils tètent la douleur comme ils tètaient le rêve
et quand ils vont rythmant des pleurs voluptueux
le peuple s'agenouille et leur mère se lève.
 
Ceux-là sont consolés, sûrs et majestueux ;
mais traînent à leurs pas cent frères qu'on bafoue,
dérisoires martyrs de hasards tortueux.
 
Le sel pareil des pleurs ronge leur douce joue,
ils mangent de la cendre avec le même amour,
mais vulgaire ou bouffon le destin qui les roue.
 
Ils pouvaient exciter aussi comme un tambour
la servile pitié des races à voix ternes,
égaux de Prométhée à qui manque un vautour !
 
Non, vils et fréquentant les déserts sans citerne,
ils courent sous le fouet d'un monarque rageur,
le Guignon, dont le rire inouï les prosterne.
 
Amants, ils saute en coupe à trois, le partageur !
Puis le torrent franchi, vous plonge en une mare
et laisse un bloc boueux du blanc couple nageur.
 
Grâce à lui, si l'un souffle à son buccin bizarre
des enfants nous tordront en un rire obstiné
qui, le poing à leur cul, singeront la fanfare.
 
Grâce à lui, si l'urne orne à point un sein fané
par une rose qui nubile le rallume,
de la bave luira sur son bouquet damné.
 
Et ce squelette nain, coiffé d'un feutre à plume
et botté, dont l'aisselle a pour poils vrais des vers,
est pour eux l'infini de la vaste amertume.
 
Vexés ne vont-ils pas provoquer le pervers,
leur rapière grinçant suit le rayon de lune
qui neige en sa carcasse et qui passe au travers.
 
Désolés sans l'orgueil qui sacre l'infortune,
et tristes de venger leurs os de coups de bec,
ils convoitent la haine, au lieu de la rancune.
 
Ils sont l'amusement des racleurs de rebec,
des marmots, des putains et de la vieille engeance
des loqueteux dans quand le broc est à sec.
 
Les poètes bons pour l'amône ou la vengeance,
ne connaissant le mal de ces dieux effacés,
les disent ennuyeux et sans intelligence.
 
"Ils peuvent fuir ayant de chaque exploit assez,
comme un vierge cheval écume de tempête
plutôt que de partir en galops cuirassés.
 
Nous soûlerons d'encens le vainqueur dans la fête :
mais eux, pourquoi n'endosser pas, ces baladins,
d'écarlate haillon hurlant que l'on s'arrête !"
 
Quand en face tous leur ont craché des dédains,
nuls et la barbe à mots bas priant le tonnerre,
ces héros excédés de malaises badins
 
vont ridiculement se prendre au réverbère.

Les chats

Femme et chatte - Paul Verlaine (poèmes saturniens)
 
Elle jouait avec sa chatte,
et c'était merveille de voir
la main blanche et la blanche patte
s'ébattre dans l'ombre du soir.
 
Elle cachait - la scélérate ! -
sous ces mitaines de fil noir
ses meurtriers ongles d'agate,
coupants et clairs comme un rasoir.
 
L'autre aussi faisait la sucrée
et rentrait sa griffle acérée,
mais le diable n'y perdait rien...
 
Et dans le boudoir où, sonore,
tintait son rire aérien,
brillaient quatre points de phosphore.
September 30

Génération

When Maurice meet Alice - Hubert-Félix Thiéfaine
(Album : Scandale mélancolique)
 
Beaucoup de mes formules ignares
flottent au-dessus de vagues hospices,
derrière les écluses et les gares,
derrière les glands des frontispices,
où des amants d'une autre guerre
ont joué sur d'autres marelles,
un pied sur le continent terre
et l'autre sur l'écran du ciel.
When Maurice meet Alice.
 
Ils étaient sortis de l'enfance
comme des fantômes d'un vestibule
avec un fichier sur leurs chances
et des fleurs sur leurs matricules.
Elle était belle comme un enfer
avec ses yeux bleus d'insomnie ;
il était fort comme l'est un père
quand on le regarde petit.
When Maurice meet Alice.
 
Elle, elle était surtout fortiche
pour faire les mômes et les aimer ;
Lui, il rallumait sa cibiche
avant de partir pour pointer.
Et nous, on était la marmaille
disciplinée mais bordélique
à les emmerder vaille que vaille
pour les rendre plus prophétiques.
When Maurice meet Alice.

Génération

Faire-part

 

Les lames m'ont révélé ton prochain départ

A cheval sur la fièvre lancée au galop.

Je sais qu'à la mort tu as filé un rancart,

Tu t'y rends, sur le râble du suicide, au trot.

 

Ton sang n'est plus pur, il transpire des ulcères,

Rongeurs de ton intérieur, de ton épiderme.

Je m'imagine la gueule de tes viscères,

Là même, où les gamètes de la tare germent.

 

Quand je te vois, les yeux fermés, dans ton fauteuil

Je sais très bien que tu ne dors pas. Tu rumines

Ta douleur. Ton visage dessine l'orgueil,

Tu te défends de partager tes étamines.

 

Sache, mon père, ta souffrance est avec moi.

Et, si le jour où tu retrouveras la paix

Mes larmes ruissellent jusqu'à noyer mes doigts,

C'est qu'en moi vivra, encore un peu, ton reflet.

 

Nath

September 14

Hôpital

Fin de printemps 76

                                          

Les souvenirs de mon difficile réveil

Restent sur les manoeuvres par la dame en blanc,

Des tuyaux suspendus à mon lit de torture

Pour les glisser dans mes narines révoltées.

 

Après, sur la soif. Là, les lèvres craquelées rayent

La langue sèche ; Humectées d'un coton blanc,

Les crevasses imposent la douce brûlure.

Deuxième supplice, à ma mémoire, gravé :

 

L’enlèvement des fils à la chair refermée.

Les Vadrouilleurs de la boursouflure vermeille,

Ces cinq bourreaux, à mes mains et pieds, crochés,

 

Sont à la besogne, attelés. Tourment, sommeille !

Ces noirs rappels se dessinent en une esquisse

Face à la glace reflétant la cicatrice.

 

Nath 

Génération

 

Jour J-1 et après

 

Tu as cherché son amour

Comme une épingle dans une meule de foin.

Tu n'as reçu en retour

Que le merveilleux génie de serrer les poings.

Mais, tu seras toujours

 

Sa poupée de collection,

Foutue de désuètes robes,

Sa poupée de collection

A admirer dans ses globes.

 

Maudite dès les entrailles

(Une ouverture sur la santé délicate),

Déjà un pied dans la faille,

Pendant que l'on dénombre tes nombreux stigmates,

Tu vois luire ses médailles.

 

Tu es sa poupée Barbie,

Silhouettée chez clocharde.

Tu es sa poupée Barbie

Où elle a sabré les charmes.

 

Pour aller chercher ailleurs,

Tu rappliquais dans un débordement d'insultes

Sans rien trouver de meilleur,

Pas même le gêné salaire d'une pute.

Elle a noirci la douceur ;

 

Tu es sa poupée vaudou

Où sont piqués les points faibles.

Tu es sa poupée vaudou

Où elle a cousu les lèvres.

 

A prier, toutes les lunes,

La libido de l'insouciante adolescence,

Tu as soupé chez Nocturne

Le cœur ballotté à vide et l'âme en souffrance.

Tu restes du côté diurne

 

Une poupée de chiffon

Qui conserve ses habits

(Une poupée de chiffon)

Et bascule sans un bruit.

 

Nath

September 08

Afrique

A une dame créole - Charles Baudelaire
 
Au pays parfumé que le soleil caresse,
J'ai  connu, sous un dais d'arbres tout empourprés
Et de palmiers d'où pleut sur les yeux la paresse,
Une dame créole aux charmes ignorés.
 
Son teint est pâle et chaud ; la brune enchanteresse
A dans le cou des airs noblement maniérés ;
Grande et svelte en marchant comme une chasseresse,
Son sourire est tranquille et ses yeux assurés.
 
Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire,
Sur les bords de la Seine ou de la verte Loire,
Belle digne d'orner les antiques manoirs,
 
Vous feriez, à l'abri des ombreuses retraites,
Germer mille sonnets dans le coeur des poètes,
Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs.
 
A une malabaraise - Charles Baudelaire
 
Tes pieds sont aussi fin que tes mains, et ta hanche
Est large à faire envie à la plus belle blanche ;
A l'artiste pensif ton corps est doux et cher ;
Tes grands yeux de velours sont plus noirs que ta chair.
Aux pays chauds et bleus où ton Dieu t'a fait naître,
Ta tâche est d'allumer la pipe de ton maître,
De pourvoir les flacons d'eaux fraiches et d'odeurs,
De chasser loin du lit les moustiques rôdeurs,
Et, dès que le matin fait chanter les platanes,
D'acheter au bazar ananas et bananes.
Tout le jour, où tu veux, mènes tes pieds nus,
Et fredonnes tout bas de vieux airs inconnus ;
Et quand descend le soir au manteau écarlate,
Tu poses doucement ton corps sur une natte,
Où tes rêves flottants sont pleins de colibris,
Et toujours, comme toi, gracieux et fleuris.
Pourquoi, l'heureuse enfant, veux-tu voir notre France,
Et, confiant ta vie aux bras forts des marins,
Faire de grands adieux à tes chers tamarins ?
Toi, vêtue à moitié de nousselines frêles,
Frissonnante là-bas sous la neige et les grêles,
Comme tu pleurerais tes loisirs doux et francs,
Si, le corset brutal emprisonnant tes flancs,
Il te fallait glaner ton souper dans nos fanges
Et vendre le parfum de tes charmes étranges,
L'oeil pensif, et suivant, dans nos sales brouillards,
Des cocotiers absents les fantômes épars !
 
                                             1840.
 
La chevelure - Charles Baudelaire
 
O toison, moutonnant jusque sur l'encolure !
O boucles ! O parfum chargé de nonchaloir !
Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir !
 
La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeus, forêt aromatique !
Comme d'autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum.
 
J'irai là-bas ou l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève !
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :
 
Un port retentissant où mon âme peut boire
A grands flots le parfum, le son et la couleur ;
Ou les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.
 
Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est enfermé ;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô fédonde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé !
 
Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond ;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
De l'huile de coco, du musc et du goudron.
 
Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à long traits le vin du souvenir ?

Afrique

 

Retour vers la Lune noire  - Hubert-Félix Thiéfaine

 

Dans tes yeux cramoisis aux chiffres mentholés,
J'aperçois le killer de tes amours vaudous
Brisant les corps moisis, fallacieux et glacés
De tes poupées nitides aux baisers d'amadou,
Oh ! Reine noire

Météo-catharsis, santéria-guérilla,
Vent d'hôpital-fantôme dans tes nuits guet-apens,
Ivresse des tambours fous, rêves creusés dans tes draps
De magnolias froissés au soleil noir flambant,
Oh ! Reine noire

Sacrifices de blaireaux sur les tombeaux flétris
De tes groupies mondains aux synapses éclatées,
Souvenirs-damnation dans tes yeux de momie
Sous les horloges en flamme aux aiguilles torpillées,
Oh ! Reine noire

Tes amants sans mémoir
Sans rêves et sans espoirs
Défilent dans tes miroirs
Reine noire
Tes amants transitoires,
Transis et dérisoires
Se traînent sur tes trottoirs
Reine noire

Figurines écrasées près des téléscripteurs
Sous les ogives en fleurs de tes soirs-Halloween,
Scorpions géants fouillant tes étoiles en vapeur
Sous la pluie des fragments de tes caresses intimes,
Oh ! Reine noire


Tes amants sans mémoire
Sans rêves et sans espoirs
Défilent dans tes miroirs
Reine noire
Tes amants transitoires
Transis et dérisoires
Se traînent sur tes trottoirs
Reine noire

Afrique

Foyer oriental

 

Avoir un tam-tam dans le ventre, dans la peau

C'est avoir le rythme. Balancés par la grâce,

Les pieds déhanchent le tout-puissant du tempo

Et les bras eurythmiques épaulent les passes.

 

Des sœurs ont inoculé un tam-tam dans mon cœur

En ce temps de repos. Africaines du Nord,

Accablées comme moi par la grande douleur,

Nous bercions nos âmes et nos saccagés corps.

 

A l'heure du départ, les larmes dans mes yeux

N'ont pas eu leur lieu ; mes pas ont couru de là

Sans prendre le temps de prononcer un adieu.

 

Mais, si l'occasion me promène à la nouba,

Vous me retrouverez au centre de la piste

Ôù je commémore le tambour exorciste.

 

Nath

 

L'autodafé

 

Sevran lasse de présenter « Chanter la vie »,

Décide de rédiger le procès d’un peuple

Le décrétant coupable de s’être appauvri

D’avoir trop donné d’enfants. L’eugéniste meugle :

 

"L’Africain crève" - ne seraient-ce pas les bêtes 

Qui crèvent sinon vulgairement nos semblables ? -,

"Stérilisons la moitié de cette planète."

Termes ne pouvant être paroles affables

 

Quand on sait que l’Afrique ne meurt que de faim

Alors que Pascal se permet d'aller au pain

Sur de tels propos. Il paraîtrait impensable

 

Que cette justice des droits de l’Homme, à table,

Ne se mette pas pour incendier l’immondice

Appelant au caractérisé racisme .

 

Nath

 

September 02

Des astres

Tristesses de la lune - Charles Baudelaire
 
Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse ;
Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins,
Qui d'une main distraite et légère caresse
Avant de s'endormir le contour de ses seins,
 
Sur le dos satiné des molles avalanches,
Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,
Et promène ses yeux sur les visions blanches
Qui montent dans l'azur comme des floraisons.
 
Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,
Elle laisse filer une larme furtive,
Un poète pieux, ennemi du sommeil,
 
Dans le creux de sa main  prend cette larme pâle,
Aux reflets irisés comme un fragment d'opale,
Et la met dans son coeur loin des yeux du soleil.

Des astres

Mathématiques souterraines - Hubert-Félix Thiéfaine
(Album : Dernières balises avant mutation)
Pauvre petite fille sans nourrice
Arrachée du soleil,
Il pleut toujours sur ta valise
Et t'as mal aux oreilles.
Tu zones toujours entre deux durs,
Entre deux SOS.
Tu veux jouer ton aventure
Mais t'en crèves au réveil...
Tu fais semblant de rien,
Tu craques ta mélanco
De 4 à 5 heures du matin
Au fond des caboulots
Et tu remontes à contrecœur
L'escalier de service.
Tu voudrais qu'y ait des ascenseurs
Au fond des précipices.

Oh ! Mais laisse allumé, bébé,
Y a personne au contrôle
Et les dieux du radar sont tous out
Et toussent et se touchent et se poussent
Et se foutent et se broutent.
Oh ! mais laisse allumé, bébé,
Y a personne au contrôle
Et les dieux du radar sont tous out
Et toussent et se touchent et se poussent
Et se foutent et se mouchent
Dans la soute à cartouches...

Maintenant du m'offres tes carences,
Tu cherches un préambule,
Quelque chose qui nous foute en transe,
Qui fasse mousser nos bulles.
Mais si t'as peur de nos silences,
Reprends ta latitude,
Il est minuit sur ma fréquence
Et j'ai mal aux globules.

Oh ! Mais laisse allumé, bébé,
Y a personne au contrôle
Et les dieux du radar sont tous out
Et toussent et se touchent et se poussent
Et se foutent et se broutent.
Oh ! mais laisse allumé, bébé,
Y a personne au contrôle
Et les dieux du radar sont tous out
Et toussent et se touchent et se poussent
Et se foutent et se mouchent
Dans la soute à cartouches...

Des astres

Le bar de l'Univers - Yves Jamait

Sur le comptoir de l'univers, une Vénus crépusculaire
Boit du lait-rhum un peu amer en attendant son Jupiter
Dans sa parure d'oripeau ainsi à l'aise comme dans sa turne
Une fumée bleue de Neptune sortant de sa bouche en anneaux

De verres en verres, au bar
De l'univers, je pars
De bière en bière, j'ai plus
Les pieds sur terre

J'avance, la démarche peu sûre les yeux me sortant des orbites
Je dis à la belle qui m'évite : tu me fais grimper le mercure
Je suis au bord du big-bang je frôle déjà le désastre
Laisse-moi goûter à ta langue ou tu vas voir mourir un astre

De verres en verres, au bar
De l'univers, je pars
De bière en bière, j'ai plus
Les pieds sur terre

Elle me répond d'une voix lactée tire pas des plans sur la comète
Je ne voudrais pas te vexer mais on n'est pas d'la même planète
Et puis me repousse du talon et je sombre dans un trou noir
Au milieu d'une constellation d'étoiles sur des litres de pinard

De verres en verres, au bar
De l'univers, je pars
De bière en bière, j'ai plus
Les pieds sur terre

En fusée, j'ai rendu mes verres de bière de mars sur le bitume
Sorti du bar de l'Univers je me sentais con...
En fusée, j'ai rendu mes verres de bière de mars sur le bitume
Sorti du bar de l'Univers je me sentais con comme la lune

De verres en verres, au bar
De l'Univers, je pars
De bière en bière, j'ai plus
Les pieds sur terre

De verres en verres, au bar
De l'Univers, je pars
De bière en bière, j'ai plus
Les pieds sur terre

Allez, vas-y, roule !
C'est ma tournée !

Oh la vache, qu'est-ce que j'tiens...

Des astres

Chronique lunaire

 

Eh ! Comme ce soir la lune arbore deux robes,

Il est hors de question que je me dérobe

A la fête de l'effluve à demi-sobre ;

Il y règne un tohu-bohu, un désordre.

 

Je m'y jette à corps perdu, je m'y invite.

Chez cet amphitryon avenant je médite ;

A côté de l'allure du pacifiste,

J'aimerai pouvoir être journaliste.

 

Temporel, présent derrière les nuages,

Déchargé de lumière dans son sillage

Édifiant sa providence, divin astre,

 

Mensuellement, il décompte les minutes

Sur le chronomètre du dôme où il  mute

Et cela dure des lustres et des lustres.

 
Nath
September 01

Les chats

Le Chat (bis) - Charles Baudelaire
 
                                I
 
Dans ma cervelle se promène,
Ainsi qu'en son appartement,
Un beau chat, fort, doux et charmant.
Quand il miaule, on l'entend à peine,
 
Tant son timbre est tendre et discret ;
Mais que sa voix s'apaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde.
C'est là son charme et son secret.
 
Cette voix, qui perle et qui filtre
Dans mon fonds le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.
 
Elle endort les plus cruels maux
Et contient toute les extases ;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n'a pas besoin de mots.
 
Non, il n'est pas d'archet qui morde
sur mon coeur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,
 
Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange,
aussi subtil qu'harmonieux !
 
                              II
 
De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu'un soir
J'en fus embaumé, pour l'avoir
caressée une fois, rien qu'une.
 
C'est l'esprit familier du lieu ;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée, est-il dieu ?
 
Quand mes yeux, vers ce chat que j'aime
Tirés comme par un aimant,
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même,
 
Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Claire fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.

Les chats

Le Chat - Charles Baudelaire
 
Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d'agate.
 
Lorsque mes doigts carressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s'enivre du plaisir
De palper son corps électrique,
 
Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tiens, aimable bête,
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,
 
Et des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum
Nagent autour de son corps brun.

Les chats

Les Chats - Charles Baudelaire
 
Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.
 
Amis de la science et de la volupté,
Ils cherchent le silence et l'horreur des ténèbres ;
L'Erèbe les eût pris pour ses coursieurs funèbres,
S'ils pouvaient au servage incliner leur fierté.
 
Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin ;
 
Leurs reins féconds sont pleins d'étincelles magiques,
Et des parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,
étoilent vaguement leur prunelles mystiques.

Les chats

Villes natales et frenchitude - Hubert-Félix Thiéfaine

(Album : Chroniques bluesymentales)

Clichés de poubelles renversées
Dans la neige au gris jaunissant
Ou un vieux clébard estropié
R'niffle un tampon sanguignolent.
Givré dans la nuit de Noël,
Un clocher balbutie son glas
Pour ce pékin dans les ruelles
Qui semble émerger du trépas.
Il vient s'arrêter sur la place
Pour zoomer quelques souvenirs,
Fantômes étoilés de verglas
Qui se fissurent et se déchirent.
Ici, y avait un paradis
Ou l'on volait nos carambars.
Maint'nant, y a plus rien, mon zombi,
Pas même un bordel ou un bar.
Voici la crèche municipale,
Sous son badigeon de cambouis,
Ou les générations foetales
Venaient s'initier à l'ennui.
Cow-boys au colt 45,
Dans la tendresse bleue des latrines,
On était tous en manque d'indiens
Devant nos bols d'hémoglobine.
Voici l'canal couvert de glace
Ou l'on conserve les noyés
Et là, c'est juste la grimace
D'un matou sénile et pelé
Mais ses yeux sont tellement zarbis
Et son agonie si tranquille
Que même les greffiers, par ici,
Donnent l'impression d'être en exil.
Voici la statue du grand homme
Sous le spectre des marronniers
Ou l'on croqua la première pomme
D'une quelconque vipère en acné
Et voici les murs du lycée
Ou t'as vomi tous tes quatre heures
En essayant d'imaginer
Un truc pour t'arracher le cœur.
Mais t'as jamais vu les visages
De tes compagnons d'écurie,
T'étais déjà dans les nuages
A l'autre bout des galaxies.
Trop longtemps zoné dans ce bled
A compter les minutes qui tombent,
A crucifier de fausses barmaids
Sur les murs glacés de leurs tombes.
Un camion qui passe sur la rocade
Et le vent du Nord se réveille
Mais faut pas rêver d'une tornade,
Ici les jours sont tous pareils.
 

Les chats

La minette

 

Voici, dans son éternelle robe noire,

Celle qui rentre et déloge à son gré

De l'abri, pour dormir, manger et boire,

Ramener la proie d’où ses pas l’ont traînée.

 

Majestueuse, funambulesque et souple,

Libre et fière, mais câline, caressante,

Sur le lit ; son regard pénétrant se trouble

Et son corps musculeux s’endort ; alléchante,

 

Dans ce sommeil inquiet du moindre bruit,

Elle mande sans tenue cajoleries

Qu’elle prend avec délice et ravissement.

 

Levant sa tête, sous un ronronnement,

Mes mains dégagent les toiles d’araignées

A ses moustaches et oreilles collées.

 

Nath

Les chats

 

Le Chat et la souris

 

Un chat noir tant épais qu'une belette,

Décidant de jouer le rôle d'esthète,

Prit en chasse souris appétissante

Pour se reconstituer. Filant la pente

 

Où elle se sauvait, l'obscure attrapa

La grise ; entre ses pattes, la serra.

"Rectifiée de poivre et sel, la mignarde,

Dit Minou, sera sûrement moins fade".

 

Non pressé de croquer, d'un gin-tonic

Il prend l'apéritif pour agacer

Son appétit. Il finira grisé ;

 

Il a su garder un vin capiteux

De ce temps où il était famélique.

Ce repas prédit d'être luxurieux.

 

Nath

August 29

Voyageurs

 Confession d'un never been - Hubert-Félix Thiéfaine
(Album : Scandale mélancolique)
 
Les joyeux éboueurs des âmes délabrées
se vautrent dans l'algèbre des mélancolies,
traînant leurs métastases de rêves karchérisés
entre les draps poisseux des siècles d'insomnie.
Ca sent la vieille guenille et l'épicier cafard
dans ce chagrin des glandes qu'on appelle l'amour
où les noirs funanbules du vieux cirque barbare
se pissent dans le froc en riant de leurs tours.
 
Refrain : J'ai volé mon âme à un clown,
un cloclo mécanique du rock'n'roll cartoon.
J'ai volé mon âme à un clown,
un clone au coeur de cône du rêve baby baboon.
 
Je rêve d'être flambé au dessus du Vésuve
et me défonce au gaz échappé d'un diesel
à la manufacture métaphysique d'effluves
où mes synapses explosent en millions d'étincelles,
Reflets de flammes en fleurs, dans les yeux du cheval
que j'embrasse à Turin pour en faire un complice.
Ivre de prolixine et d'acide cortical,
je dégaine mon walther PPK de service.
 
Refrain
 
Bien vibré, bien relax en un tempo laid back,
rasta lunaire baisant la main d'Oméga Queen,
je crache dans ma tête les vapeurs d'amoniac
d'un sturm und drang sans fin au bout du never been.
Fax-similé d'amour et de tranquilisants
dans la clarté chimique de ma nuit carcérale,
je suis l'évêque étrusque, un lycotrampe errant
qui patrouille dans le gel obscur de mon mental.
 
Refrain

Voyageurs

Lacrymal Circus - Renan Luce
'Album : Repenti)
 
Une vieille deux-ch'vaux qui tousse
Déversait des prospectus :
"Ce soir, vingt heures, venez tous,
Entrez au Lacrymal Circus."

J'étais seul et je cherchais
Un abri contre la bruine ;
J'ai pris ma place au guichet
D'une roulotte qui tombe en ruine.

Au Lacrymal Circus,
On y voit c'qu'on veut y voir.
Ce soir des cumulus
Jettent sur ma vie une ombre ivoire
Et je vois,
Dans les tentures rouge et or,
Quelques vieilles connaissances
Des souv'nirs qui collent au corps
Comme une vapeur d'essence
Et j'ai froid.

Un vieux lion à bout de forces
A cligné trois fois des yeux
Il me disait, je crois, en morse :
"J'peux pas sauter, j'ai peur du feu !"

Puis un clown neurasthénique
A pleuré sur mon épaule :
"J'ai beau faire mes gags scéniques
Quand je tombe je suis pas drôle !"

Au Lacrymal Circus,
On y voit c'qu'on veut y voir.
Ce soir des cumulus
Jettent sur ma vie une ombre ivoire
Et je vois,
Dans les tentures rouge et or,
Quelques vieilles connaissances
Des souv'nirs qui collent au corps
Comme une vapeur d'essence
Et j'ai froid.

Au Lacrymal Circus,
On y voit c'qu'on veut y voir.
Ce soir des cumulus
Jettent sur ma vie une ombre ivoire
Et je vois,
Dans les tentures rouge et or,
Quelques vieilles connaissances
Des souv'nirs qui collent au corps
Comme une vapeur d'essence.

Un étrange ballet équestre,
Hennissements et ruades,
Y a qu'un tambour à l'orchestre,
Tous les cuivres sont malades,
Ceux qui soufflent n'ont plus d'air,
Il ne reste que ceux qui tapent,
Il ne reste que ceux qui tapent,
Il ne reste que ceux qui tapent,
Au Lacrymal Circus...